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Les premiers Européens qui
atteignirent l'Amérique du Nord étaient des Vikings islandais, conduits par
Leif Ericson, vers l'an 1000. Des traces de leur passage ont été découvertes
dans la province canadienne de Terre-Neuve, mais les Vikings ne parvinrent
pas à établir une colonie permanente et perdirent vite tout contact avec le
nouveau continent.
Cinq siècles plus tard, la
demande d'épices, de textiles et de teintures en provenance d'Asie poussa
les navigateurs européens à rêver de routes plus courtes entre l'Orient et
l'Occident. Agissant pour le compte de la Couronne d'Espagne, le navigateur
italien Christophe Colomb prit la mer pour se diriger vers l'ouest en 1492
et débarqua sur l'une des îles Bahamas, dans la mer des Antilles. Pendant
les quarante années qui suivirent, les aventuriers espagnols se taillèrent
un immense empire en Amérique centrale et en Amérique du Sud.
L'époque coloniale
La première colonie
anglaise réussie fut fondée à Jamestown, en Virginie, en 1607. Quelques
années plus tard, des puritains anglais arrivaient en Amérique pour échapper
aux persécutions religieuses dont ils étaient victimes à cause de leur
opposition à l'Église d'Angleterre. En 1620, ils fondèrent la colonie de
Plymouth, dans l'actuel Massachusetts, qui devenait ainsi la deuxième
colonie britannique permanente en Amérique du Nord et la première en
Nouvelle-Angleterre.
C'était là que les
puritains espéraient bâtir « une cité sur la colline » - une communauté
idéale. Depuis lors, les Américains considèrent leur pays comme une
magnifique expérience, un modèle pour les autres nations. Les puritains
croyaient que le gouvernement devait faire respecter la morale divine et ils
punissaient sévèrement les hérétiques, les adultères, les ivrognes et tous
ceux qui ne respectaient pas le jour du Seigneur. Malgré leur aspiration à
la liberté religieuse, ils exerçaient une forme d'intolérance moralisatrice.
En 1636, un ecclésiastique
anglais appelé Roger Williams quitta le Massachusetts pour créer le Rhode
Island, une colonie fondée sur le principe de la liberté religieuse et sur
la séparation de l'Eglise et de l'État - deux idéaux que devaient plus tard
adopter les auteurs de la Constitution américaine. Les colons venaient
d'autres pays européens, mais les Anglais étaient de loin les mieux établis.
En 1773, ils avaient fondé treize colonies le long de la côte atlantique, du
New Hampshire (au nord) à la Géorgie (au sud). Ailleurs, les Français
dominaient le Canada et la Louisiane, avec la vallée du Mississippi. Au
cours du XVIIIe siècle, la France et l'Angleterre se livrèrent plusieurs
guerres dans lesquelles l'Amérique du Nord se trouva entraînée. L'issue de
la guerre de Sept ans, en 1763, laissa l'Angleterre maîtresse du Canada et
des territoires à l'est du Mississippi.
Peu de temps après, c'est
l'Angleterre et ses colonies qui allaient s'affronter. La mère patrie avait
établi de nouveaux impôts (en partie pour résorber le coût de la guerre de
Sept ans) et attendait que les Américains logent des soldats britanniques.
Les colons s'indignèrent de la nouvelle fiscalité et refusèrent d'héberger
des soldats. Affirmant qu'ils ne pouvaient être taxés que par leurs propres
assemblées coloniales, les colons s'unirent derrière le slogan « pas d'impôt
sans représentation ». Toutes les taxes, sauf celle sur le thé, furent
abrogées mais, en 1773, des patriotes ripostèrent en organisant la « Boston
Tea Party ». Déguisés en Indiens, ils montèrent à bord des navires marchands
britanniques et envoyèrent par le fond 342 caisses de thé dans le port de
Boston. Cet incident déclencha les foudres du parlement britannique,
notamment la fermeture du port de Boston. Les dirigeants des colonies
convoquèrent le premier Congrès continental en 1774 pour discuter de
l'opposition des colonies à l'autorité royale. La guerre éclata le 19 avril
1775, lorsque des soldats britanniques affrontèrent des colons rebelles à
Lexington, dans le Massachusetts.
Le 4 juillet 1776, le
Congrès continental adopta la Déclaration d'Indépendance.
Au début, la guerre
d'Indépendance fut défavorable aux Américains. Mal approvisionnées, mal
entraînées, les troupes des insurgés se battaient généralement bien, mais
elles étaient inférieures en nombre et en force aux Britanniques. Le
tournant décisif de la guerre survint en 1777, avec la défaite de l'armée
britannique à Saratoga, dans l'État de New York.
La France avait secrètement
apporté son aide aux révoltés, mais hésitait à s'allier ouvertement avec eux
tant que ceux-ci n'auraient pas fait leurs preuves. Après la victoire de
Saratoga, la France et l'Amérique signèrent des traités d'alliance et la
France fournit aux Américains des troupes et des navires de guerre. La
dernière grande bataille de la Révolution américaine eut lieu à Yorktown, en
Virginie, en 1781. Une armée composée de troupes américaines et françaises
encercla les Britanniques et les contraignit à se rendre. Les combats se
poursuivirent dans certaines régions pendant deux ans encore, mais la guerre
prit officiellement fin en 1783 avec la signature du traité de Paris par
lequel l'Angleterre reconnaissait l'indépendance de l'Amérique.
Une nouvelle nation
Pour l'essentiel, la
Constitution des États-Unis (voir le chapitre 4) apaisait les craintes des
Américains quant aux risques d'abus d'un pouvoir central grâce à la
séparation des pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire) et à dix
amendements - connus sous le nom de « Déclaration des droits » (Bill of
Rights) destinés à sauvegarder les libertés individuelles. Une méfiance
persistante envers une concentration excessive des pouvoirs s'est manifestée
dans les philosophies politiques divergentes des deux personnalités les plus
éminentes de la période révolutionnaire : George Washington et Thomas
Jefferson. Le premier, général en chef pendant la guerre et premier
président des États-Unis, dirigeait un parti favorable au renforcement de la
présidence et du gouvernement central. Le second, principal auteur de la
Déclaration d'Indépendance, représentait les partisans d'un accroissement de
l'autorité des États fédérés, au motif que la population pourrait plus
aisément leur demander des comptes.
Jefferson devint le
troisième président des États-Unis en 1801. Malgré son intention de limiter
les pouvoirs de la présidence, les réalités politiques en disposèrent
autrement. Entre autres actions énergiques, il acheta en 1803 l'immense
territoire de la Louisiane à la France, ce qui permit de doubler quasiment
la superficie du pays. Ces 2 millions de kilomètres carrés supplémentaires
repoussaient les frontières du pays vers l'ouest jusqu'aux montagnes
Rocheuses, dans le Colorado.
L'esclavage et la guerre de Sécession
Pendant le premier quart du
XIXe siècle, la Frontière se déplaça vers l'ouest, jusqu'au Mississippi et
au-delà. En 1828, les électeurs américains portèrent pour la première fois à
la présidence un « outsider » : Andrew Jackson, issu d'une famille pauvre du
Tennessee et étranger aux traditions culturelles de la côte atlantique.
Si, en apparence, l'ère
jacksonienne fut une période d'optimisme et d'énergie, la jeune nation
restait prisonnière d'une contradiction. Les nobles termes de la Déclaration
d'Indépendance, selon laquelle « tous les hommes sont créés égaux », étaient
vides de sens pour 1,5 million d'esclaves. (Voir les chapitres 1 et 4.) En
1820, les hommes politiques sudistes et nordistes examinèrent la question de
la légalité de l'esclavage dans les territoires de l'Ouest. Le Congrès
parvint à un compromis : l'esclavage serait autorisé dans le nouvel État du
Missouri et sur le territoire de l'Arkansas mais interdit partout ailleurs à
l'ouest et au nord du Missouri. L'issue de la guerre contre le Mexique
(1846-1848) accrut les possessions territoriales des Américains et posa à
nouveau la question de l'extension de l'esclavage.
En 1850, un autre compromis
permit d'admettre la Californie au sein de l'Union en qualité d'État libre
et conféra aux citoyens de l'Utah et du Nouveau-Mexique le droit d'autoriser
ou non l'esclavage à l'intérieur de leurs frontières (ils refusèrent).
Mais les rancœurs
persistaient. Après l'élection à la présidence en 1860 d'Abraham Lincoln,
adversaire de l'esclavage, onze États quittèrent l'Union et se proclamèrent
membres d'une nouvelle nation indépendante : les États confédérés
d'Amérique, lesquels regroupaient la Caroline du Sud, le Mississippi, la
Floride, l'Alabama, la Géorgie, la Louisiane, le Texas, la Virginie,
l'Arkansas, le Tennessee et la Caroline du Nord. Ainsi éclata la guerre de
Sécession. L'armée confédérée l'emporta au début des hostilités et certains
de ses commandants, en particulier le général Robert E. Lee, furent de
brillants stratèges. Mais l'Union disposait de forces supérieures en hommes
et en ressources.
Pendant l'été 1863, Lee
joua son va-tout en envoyant ses troupes dans le Nord jusqu'en Pennsylvanie.
Il se heurta à l'armée de l'Union à Gettysburg, où eut lieu la plus grande
bataille qui ait jamais été livrée sur le sol américain. Au bout de trois
jours de combats désespérés, les Confédérés durent s'avouer vaincus. Au même
moment, sur le Mississippi, le général nordiste Ulysses S. Grant, prenait la
ville de Vicksburg. L'Union contrôlait désormais toute la vallée du
Mississippi, coupant en deux la Confédération.
Deux ans plus tard, après
une longue campagne où s'affrontèrent les armées commandées par Lee et
Grant, les Confédérés capitulèrent. La guerre de Sécession fut l'épisode le
plus traumatisant de l'histoire des États-Unis. Mais elle régla deux
problèmes qui tourmentaient les Américains depuis 1776. Elle abolit
l'esclavage et confirma que le pays ne se composait pas d'États
semi-indépendants mais formait une nation, une et indivisible.
La fin du XIXe siècle
Abraham Lincoln fut
assassiné en 1865, ce qui priva l'Amérique d'un dirigeant exceptionnellement
qualifié pour panser les blessures laissées par la guerre de Sécession. Son
successeur, Andrew Johnson, était un homme du Sud resté loyal à l'Union
pendant le conflit. Les membres nordistes de son parti (le Parti
républicain) entamèrent une procédure pour le destituer au motif qu'il
montrait trop d'indulgence envers les anciens Confédérés. L'acquittement de
Johnson fut une victoire importante du principe de la séparation des
pouvoirs : un président ne doit pas être démis de sa charge parce que le
Congrès est en désaccord avec sa politique, mais uniquement s'il se rend
coupable de « trahison, corruption ou autres crimes et délits majeurs »,
selon les termes mêmes de la Constitution.
Peu après la guerre de
Sécession, les États-Unis devinrent une grande puissance industrielle et
d'habiles hommes d'affaires amassèrent des fortunes colossales. Le premier
chemin de fer transcontinental fut achevé en 1869. Dès 1900, les États-Unis
possédaient un réseau ferroviaire plus important que celui de toute l'Europe
réunie. L'industrie pétrolière prospéra et John D. Rockefeller avec sa
Standard Oil Company devint l'un des hommes les plus riches d'Amérique.
Andrew Carnegie, qui avait débuté comme pauvre immigrant écossais, édifia un
vaste empire d'aciéries. Les usines textiles se multiplièrent dans le Sud et
les conserveries de viande proliférèrent à Chicago, dans l'Illinois.
L'industrie électrique prospéra dès que les Américains commencèrent à se
servir de diverses inventions nouvelles : le téléphone, l'ampoule
électrique, le phonographe, le moteur à courant alternatif et le
transformateur, le cinématographe. À Chicago, l'architecte Louis Sullivan
utilisa des structures d'acier dans la construction du gratte-ciel, apport
spécifiquement américain au paysage urbain moderne.
Mais l'expansion économique
effrénée comportait des dangers. Pour limiter la concurrence, les compagnies
de chemins de fer fusionnèrent et imposèrent des tarifs unifiés. Les trusts
- gigantesques associations d'entreprises - tentèrent de s'assurer le
monopole de certaines industries, tel le secteur pétrolier. Aussi le
gouvernement prit-il des mesures pour les neutraliser. Dès 1887, il créa la
commission du commerce inter-États afin de garder la maîtrise des tarifs
ferroviaires. En 1890, la loi Sherman interdit les trusts, les fusions et
les ententes professionnelles tendant à « restreindre le commerce ».
L'industrialisation
entraîna l'essor du syndicalisme. L'American Federation of Labor,
fondée en 1886, était une coalition de syndicats ouverts aux ouvriers
qualifiés. La fin du XIXe siècle fut une période de forte immigration et
nombre de travailleurs employés dans les nouvelles industries étaient nés à
l'étranger. Pour les agriculteurs américains, les temps étaient difficiles.
Les prix des denrées alimentaires chutaient et il leur fallait supporter les
coûts élevés du transport de marchandises, des taux d'emprunt hypothécaire
abusifs, de lourds impôts et des droits de douane sur les importations de
biens de consommation.
Mis à part l'achat de
l'Alaska à la Russie en 1867, le territoire américain demeurait figé depuis
1848. Dans les années 1890, un nouvel esprit d'expansion s'imposa. Les
États-Unis suivirent l'exemple des nations de l'Europe du Nord qui
revendiquaient le devoir de « civiliser » les populations d'Asie, d'Afrique
et d'Amérique latine. Après la publication, dans la presse américaine,
d'articles terrifiants sur les atrocités commises dans la colonie espagnole
de Cuba, les États-Unis et l'Espagne entrèrent en conflit (1898). À la fin
de la guerre, les États-Unis s'emparaient des possessions espagnoles : Cuba,
les Philippines, Porto-Rico et Guam. Dans un tout autre contexte, ils
acquirent aussi les îles Hawaii.
Pourtant les Américains,
qui avaient eux-mêmes secoué les chaînes d'un empire, éprouvaient un certain
malaise à l'idée d'en administrer un. En 1902, les troupes américaines
quittèrent Cuba, mais la nouvelle république fut contrainte de céder des
bases navales aux États-Unis. Les Philippines obtinrent une autonomie
partielle en 1907 et leur totale indépendance en 1946. Porto-Rico devint un
État libre associé aux États-Unis et Hawaii prit le rang d'État en 1959
(comme l'Alaska).
Le mouvement progressiste
Tout en s'aventurant hors
de chez eux, les Américains jetaient un regard neuf sur leurs propres
problèmes sociaux. Malgré les signes de prospérité, la moitié de la
main-d'œuvre industrielle vivait encore dans la pauvreté.
New York, Boston, Chicago
et San Francisco pouvaient certes s'enorgueillir de leurs musées, de leurs
universités et de leurs bibliothèques publiques, mais leurs taudis les
déshonoraient. La doctrine économique dominante avait été celle du
laissez-faire. Vers 1900, le Mouvement progressiste entreprit donc
d'améliorer la société et l'existence matérielle des individus par l'action
gouvernementale. Ses partisans étaient principalement des économistes, des
sociologues, des techniciens et des fonctionnaires soucieux de trouver des
solutions scientifiques, à moindre frais, aux problèmes politiques.
Des travailleurs sociaux
créèrent dans les quartiers défavorisés des centres de soins et de loisirs.
Les partisans de la prohibition réclamèrent l'interdiction de la vente
d'alcool, en partie pour éviter les mauvais traitements que les maris
alcooliques infligeaient à leurs épouses et à leurs enfants. Dans les
villes, les réformateurs luttaient contre la corruption, réglementaient les
transports urbains et créaient des services publics municipaux. Les États
adoptèrent des lois en vue de limiter l'exploitation des enfants, de réduire
la durée du temps de travail et d'indemniser les victimes d'accidents.
Certains Américains
adhéraient à des idéologies plus radicales. Le Parti socialiste, dirigé par
Eugene V. Debs, prônait une transition pacifique et démocratique vers une
économie placée sous le contrôle de l'État. Mais le socialisme n'a jamais
bénéficié d'une base solide aux États-Unis et le meilleur résultat obtenu
par le parti au cours d'une élection présidentielle fut de 6 % en 1912.
La guerre et la paix
Quand éclata la Première
Guerre mondiale en Europe, en 1914, le président Woodrow Wilson préconisa
une politique de stricte neutralité. L'Allemagne, en déclarant qu'elle
pratiquerait une guerre sous-marine à outrance contre les navires en route
vers des ports alliés, eut raison de cette attitude. Lorsque le Congrès
déclara la guerre à l'Allemagne en 1917, l'armée américaine ne comptait que
quelque 200.000 soldats. Une année s'écoula avant que l'armée américaine fût
prête à apporter une contribution significative à l'effort de guerre.
À l'automne 1918, la
situation de l'Allemagne était désespérée. Ses armées battaient en retraite
face à l'implacable puissance des Américains. En octobre, Berlin demanda la
paix et un armistice fut conclu le 11 novembre. En 1919, Wilson se rendit à
Versailles pour participer à la rédaction du traité de paix. S'il reçut un
accueil triomphal dans les capitales alliées, ses initiatives
internationales furent moins populaires dans son pays. Il parvint à faire
figurer dans le traité de Versailles l'idée d'une Société des Nations, mais
le Sénat américain n'en ratifia pas le texte et les États-Unis n'adhérèrent
pas à cette institution internationale.
Tandis que les États-Unis
se retiraient des affaires européennes, les Américains cédaient à la
xénophobie. En 1919, une série d'attentats terroristes engendrèrent une
« peur du péril rouge ». Sous l'autorité de l'Attorney General
(ministre de la Justice) A. Mitchell Palmer, des centaines d'extrémistes
politiques d'origine étrangère furent expulsés, bien que la plupart fussent
innocents. En 1921, deux anarchistes nés en Italie, Nicola Sacco et
Bartolomeo Vanzetti, furent accusés de meurtre sur la base de preuves
douteuses. Malgré les protestations des intellectuels, les deux hommes
furent électrocutés en 1927. Le Congrès avait voté des lois limitant
l'immigration dès 1921 et les renforça encore en 1924 et 1929. Ces
restrictions favorisaient les immigrants d'origine anglo-saxonne et
nordique.
Les années vingt furent une
période où l'hédonisme coexista avec le conservatisme puritain. Ce fut
l'époque de la prohibition. En 1920, un amendement à la Constitution
interdit la vente des boissons alcoolisées. Mais les amateurs d'alcool
bafouaient à cœur joie la loi dans des milliers de speakeasies (bars
clandestins) et le commerce illicite de l'alcool fit la fortune des
gangsters. Les « années folles » furent aussi l'âge d'or du jazz et du
cinéma muet. Ce fut également l'époque où le Ku Klux Klan - organisation
raciste née dans le Sud après la guerre de Sécession - recruta beaucoup de
nouveaux membres et s'appliqua à terroriser les Noirs, les catholiques, les
juifs et les immigrants. Au même moment pourtant, un catholique, le
gouverneur de New York Alfred E. Smith, fut le candidat démocrate à
l'élection présidentielle.
Dans les milieux
d'affaires, les années vingt furent un âge d'or. Les États-Unis étaient
devenus une société de consommation, avec des marchés en plein essor pour
les radios, les appareils électroménagers, les tissus synthétiques et les
matières plastiques. L'un des hommes les plus admirés de la décennie fut
Henry Ford, père de la chaîne de montage dans les usines d'automobiles. Ford
parvenait à payer des salaires élevés tout en réalisant d'énormes bénéfices
grâce à la production en série de son modèle T, une voiture dont le prix
était à la portée de millions d'acheteurs.
Mais cette prospérité de
façade masquait des problèmes profonds. Étant donné que les profits ne
cessaient d'augmenter et que les taux d'intérêt restaient assez bas, il y
avait beaucoup d'argent disponible pour les investissements. Cependant, une
grande partie de ces capitaux fut gaspillée dans une spéculation effrénée à
la Bourse. Des surenchères frénétiques poussèrent à la hausse la cote des
actions bien au-delà de leur valeur réelle. Les investisseurs achetaient des
titres à crédit, empruntant jusqu'à 90 % du prix d'achat. L'abcès creva en
1929. Le marché financier s'effondra déclenchant une crise mondiale.
La crise de 1929
En 1932, des milliers de
banques américaines et plus de 100.000 entreprises étaient en faillite. La
production industrielle avait diminué de moitié, les salaires avaient baissé
de 60 % et un travailleur sur quatre se trouvait au chômage. Cette année-là,
Franklin D. Roosevelt fut élu président sur la base d'un programme appelé
New Deal, parce qu'il proposait une « nouvelle donne ».
L'assurance enjouée de
Roosevelt galvanisa la nation. « Nous n'avons à craindre que la peur
elle-même », déclara-t-il dans son discours d'investiture. Il joignit
bientôt le geste à la parole. Au cours des fameux « cent jours », Roosevelt
fit adopter au Congrès un grand nombre de lois visant à favoriser la reprise
économique. Plus tard, la loi sur la Sécurité sociale institua un régime de
retraites pour les personnes âgées et leurs conjoints survivants.
Toutefois, le New Deal ne
mit pas fin à la crise. Même si la conjoncture s'améliora, la reprise ne se
produisit qu'après le réarmement qui précéda l'entrée de l'Amérique dans la
Seconde Guerre mondiale.
La Seconde Guerre mondiale
La neutralité fut à nouveau
la première réaction des États-Unis lorsque la guerre éclata en Europe en
1939. Mais le bombardement de la base navale de Pearl Harbor, à Hawaii, par
les Japonais en décembre 1941, entraîna le pays dans la guerre, d'abord
contre le Japon puis contre ses alliés, l'Allemagne et l'Italie.
Les états-majors américain,
britannique et soviétique convinrent de se consacrer d'abord à la défaite de
l'Allemagne. Des forces britanniques et américaines débarquèrent en Afrique
du Nord en novembre 1942, puis envahirent la Sicile et l'Italie en 1943 et
libérèrent Rome le 4 juin 1944. Deux jours plus tard, les troupes alliées
débarquaient en Normandie. Paris fut libéré le 25 août et, dès le mois de
septembre, des unités américaines traversaient la frontière allemande. Les
Allemands capitulèrent finalement le 5 mai 1945.
La guerre contre le Japon
reçut un coup d'arrêt brutal en août 1945, lorsque le président Harry Truman
donna l'ordre de lâcher des bombes atomiques sur les villes d'Hiroshima et
de Nagasaki. Près de 200.000 civils périrent. La question suscite encore de
vives polémiques, mais le principal argument en faveur de la bombe A était
que les pertes auraient été plus élevées dans les deux camps si les Alliés
avaient dû envahir le Japon.
La guerre froide
L'Organisation des Nations
Unies fut créée après la guerre et, cette fois, les États-Unis y adhérèrent.
Des tensions ne tardèrent pas à survenir entre l'Amérique et l'Union
soviétique. Certes, Staline avait promis de favoriser des élections libres
dans les territoires européens libérés, mais les forces soviétiques
imposèrent des dictatures communistes en Europe de l'Est. L'Allemagne devint
un pays divisé, avec une zone occidentale placée sous l'autorité des forces
d'occupation britanniques, françaises et américaines, et une zone orientale
occupée par les Soviétiques. Au printemps 1948, ces derniers imposèrent un
blocus à Berlin-Ouest pour tenter d'obliger la population affamée et isolée
à se soumettre. Les puissances occidentales réagirent par la mise en place
d'un pont aérien imposant pour approvisionner la ville en vivres et en
carburant jusqu'à ce que les Soviétiques lèvent le blocus en mai 1949. Un
mois plus tôt, les États-Unis s'étaient alliés à la Belgique, au Canada, au
Danemark, à la France, à l'Islande, à l'Italie, au Luxembourg, aux Pays-Bas,
à la Norvège, au Portugal et au Royaume-Uni pour former l'Organisation du
Traité de l'Atlantique Nord (OTAN).
Le 25 juin 1950, équipée
d'armes soviétiques, l'armée nord-coréenne envahit la Corée du Sud avec
l'approbation de Staline. Truman obtint aussitôt de l'ONU qu'elle s'engage à
défendre la victime de l'agression. Après trois ans de guerre, la Corée
resta divisée. L'emprise soviétique sur l'Europe de l'Est, la guerre de
Corée ainsi que la fabrication d'armes atomiques et de bombes à hydrogène
par l'URSS suscitèrent la crainte chez les Américains. Certains purent
croire que cette nouvelle menace était l'œuvre de traîtres de l'intérieur.
Au début des années 1950, le sénateur républicain Joseph McCarthy affirma
que le département d'État et l'armée des États-Unis grouillaient de
communistes. Il finit par y perdre son crédit, mais ses initiatives avaient
ruiné bien des carrières et le peuple américain avait failli perdre de vue
une de ses vertus cardinales : la tolérance envers l'opposition politique.
De 1945 à 1970, les
États-Unis connurent une longue période de croissance économique,
interrompue par des récessions courtes et modérées. Pour la première fois,
la majorité des Américains jouissaient d'un niveau de vie confortable. En
1960, 55 % des ménages possédaient un lave-linge, 77 % une voiture, 90 % un
téléviseur et presque tous un réfrigérateur. Simultanément, la nation
progressait lentement sur la voie de l'équité raciale.
En 1960, John Kennedy fut
élu président. Jeune, énergique et séduisant, il promit de « remettre le
pays sur les rails » après les huit années de présidence de l'ancien général
Dwight D. Eisenhower. En octobre 1962, Kennedy dut affronter la crise la
plus grave de la guerre froide. L'URSS avait été surprise en train
d'installer à Cuba des missiles nucléaires capables d'atteindre des villes
américaines en quelques minutes. Kennedy imposa un blocus naval à l'île. Le
dirigeant soviétique Nikita Khrouchtchev finit par accepter de retirer les
missiles contre la promesse américaine de ne pas envahir Cuba.
En avril 1961, les
Soviétiques couronnaient une série de succès dans l'espace en envoyant pour
la première fois un homme sur orbite autour de la Terre. Kennedy réagit en
promettant que les Américains enverraient un homme sur la Lune avant la fin
de la décennie. Cette promesse fut tenue en juillet 1969, lorsque
l'astronaute Neil Armstrong sortit du vaisseau spatial Apollo 11 pour fouler
le sol lunaire.
Assassiné en 1963, Kennedy
n'assista pas à ce triomphe. Même s'il ne faisait pas l'unanimité, sa mort
fut un terrible choc pour le peuple américain. Son successeur, Lyndon
Johnson, réussit à faire adopter par le Congrès plusieurs lois instaurant
des programmes sociaux pour lutter contre la pauvreté.
Pendant les six années
qu'il passa à la Maison-Blanche, l'un des soucis majeurs de Johnson fut la
guerre du Vietnam. En 1968, 500.000 Américains combattaient dans ce petit
pays. Si les hommes politiques semblaient considérer ce conflit comme un mal
nécessaire pour contenir le communisme sur tous les fronts, un nombre
croissant d'Américains ne voyaient aucun enjeu dans le drame vietnamien. Des
manifestations contre la participation américaine à cette guerre éclatèrent
sur les campus universitaires et de violents affrontements opposèrent les
étudiants à la police.
Victime d'une impopularité
croissante, Johnson renonça à solliciter un second mandat et Richard Nixon
fut élu président en 1968. Il mena une politique de « vietnamisation »,
remplaçant peu à peu les soldats américains par des Vietnamiens. En 1973, il
signa un traité de paix avec le Vietnam du Nord et rapatria les soldats
américains. Nixon accomplit deux autres prouesses diplomatiques : le
rétablissement des relations entre les États-Unis et la République populaire
de Chine, puis la négociation du premier traité sur la limitation des
armements stratégiques conclu avec l'URSS. En 1972, il obtint aisément sa
réélection.
Pourtant, au cours de la
campagne présidentielle, cinq hommes avaient été arrêtés pour avoir pénétré
par effraction dans le quartier général du Parti démocrate situé dans
l'immeuble du Watergate à Washington. Des journalistes, enquêtant sur cet
incident, découvrirent que les cambrioleurs avaient été employés par le
comité de réélection de Nixon. La Maison-Blanche aggrava les choses en
cherchant à dissimuler son implication dans l'affaire. Bientôt, des
enregistrements effectués par le Président lui-même prouvèrent ses efforts
pour étouffer le scandale. Au cours de l'été 1974, il ne fit plus de doute
que le Congrès allait le mettre en accusation et le condamner. Le 9 août,
Richard Nixon démissionna, fait unique dans l'histoire de la présidence des
États-Unis.
Les décennies du changement
Après la Seconde Guerre
mondiale, la présidence fut assumée alternativement par des démocrates et
des républicains, mais les démocrates restèrent en général majoritaires au
Congrès, tant à la Chambre des représentants qu'au Sénat. En 1980, après
vingt-six années consécutives de domination démocrate, les républicains
remportèrent la majorité des sièges au Sénat tandis que le candidat
républicain, Ronald Reagan, était élu président.
Quelle que fût leur
attitude envers la politique de Reagan, la plupart des Américains lui
reconnaissaient le don de leur rendre leur fierté nationale et la confiance
dans l'avenir. S'il y eut une ligne directrice dans sa politique intérieure,
ce fut que le gouvernement fédéral avait pris trop d'ampleur et que les
impôts fédéraux étaient trop élevés.
En 1983, malgré une
augmentation constante du déficit budgétaire, l'économie américaine entra
dans l'une des plus longues périodes de croissance depuis la Seconde Guerre
mondiale. La question la plus grave de l'heure tenait aux révélations selon
lesquelles les États-Unis avaient secrètement vendu des armes à l'Iran pour
tenter de faire libérer les otages américains détenus au Liban et pour
financer des forces antigouvernementales au Nicaragua, alors que le Congrès
avait interdit ce genre d'initiative. Malgré le scandale, Reagan continua à
bénéficier d'une forte popularité durant son second mandat.
Son successeur, le candidat
républicain George Bush, élu en 1988, engrangea la popularité de Reagan et
continua d'appliquer en grande partie sa politique. Lorsque l'Irak envahit
le Koweït en 1990, Bush réussit à mettre sur pied une coalition
multinationale qui libéra le territoire occupé au début de 1991.
En 1992, cependant,
l'électorat américain manifesta encore une fois des signes d'impatience. Les
électeurs portèrent à la Maison-Blanche le démocrate Bill Clinton, et le
réélirent en 1996. Pendant la décennie, plusieurs débats sempiternels
reprirent, entre les tenants d'un renforcement du gouvernement fédéral et
les adeptes d'une décentralisation du pouvoir, entre les champions de la
prière à l'école et les défenseurs de la séparation entre l'Eglise et
l'État, entre les partisans de sanctions rapides et sûres à l'encontre des
délinquants et ceux qui cherchent à traiter les causes sous-jacentes de la
criminalité. Le mécontentement provoqué par le rôle de l'argent dans les
campagnes politiques aboutit à l'adoption en 2002 d'une loi interdisant
certaines formes de contribution. Immédiatement contestée devant les
tribunaux fédéraux, cette loi n'en pourrait pas moins avoir un effet profond
sur le mode de financement des campagnes électorales.
M. George Bush,
républicain, le fils de l'ancien président Bush, fut élu président en 2000.
M. Bush accédait à la présidence en une période de prospérité économique et
de paix internationale, mais ce calme éclata en morceaux le 11 septembre
2001. Dans le cadre d'une attaque bien coordonnée, des terroristes
détournèrent quatre avions de ligne américains et les écrasèrent en
différents lieux : les tours jumelles du World Trade Center à New
York, le Pentagone, siège de la défense à Washington, tandis qu'un avion
tombait dans un champ en Pennsylvanie rurale. Plus de 3.000 personnes
périrent dans ces attentats.
Bouleversés par ces
attaques, les Américains se rallièrent autour du président qui s'engageait à
traduire les terroristes en justice, à débarrasser le monde du terrorisme et
à travailler en faveur de la paix et de la justice sur toute la terre. « La
cause de notre pays a toujours dépassé la seule défense de la nation », a
déclaré le président Bush. « Nous lutterons, comme nous l'avons toujours
fait, pour une paix juste - une paix qui favorise la liberté humaine. Nous
défendrons cette paix contre toute menace venant d'un terroriste ou d'un
tyran. Nous maintiendrons la paix grâce à l'établissement d'un solide réseau
de bonnes relations entre les grandes puissances. Et nous étendrons la paix
en encourageant l'essor de sociétés libres et ouvertes sur tous les
continents. »
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